lundi 14 décembre 2015

Et maintenant, on va où (mon côté bisounours)? Ecrit mi-novembre, par là

Lorsqu'il y a eu les assassinats de janvier, j'avais fait un billet où j'exprimais ma peur de ce qu'il se passe maintenant. Je disais que j'étais désemparée, que je ne savais pas comment parler de tout ça à mes enfants, que j'avais peur qu'à terme toute ma famille soit mise dans des bateaux pour rentrer au bled, que je ne savais pas ce que nous réservait le futur, mais qu'il serait noir pour nous tou-te-s si on ne réagissait pas.

En même temps, je ne faisais pas d'autre proposition que de demander aux gens de ne pas croire que l'extrême droite pouvait nous apporter une solution, parce que l'extrême droite ne nous apportera que le néant.

Ma supplique a pas très très bien marché, puisque maintenant, tout le monde vire dans des délires politico-sécuritaires de la gauche à la droite, même les cocos à l'assemblée votent pour la prolongation de l'état d'urgence, foutant le doigt dans un engrenage qu'on aura du mal à arrêter, et que les connards de nazis se frottent les mains dans leur grotte bleu blanc rouge, car s'ils ne gagnent pas aux prochaines élections, ils sèment les graines pour les vendanges tardives.



C'est lapidaire, je sais. J'aimerais bien te faire une analyse politique de haut vol mais quand je vois que tout le monde est devenu expert en sécurité intérieure, en géopolitique et en bienséance de ta tenue sur l'espace public, je pense qu'il n'y a pas de raison pour que mon nanalyse soit moins foireuse.

En revanche, j'aimerais te proposer, à toi, aux autres à tout le monde, de pouvoir agir immédiatement, en tant que personne qui vit dans ce pays, et qui refuse que les mecs là-haut nous embringuent dans une situation qui va devenir invivable pour nous tou-te-s. Faire des choses pour la paix. Agir positivement pour contrer l'horreur.

Il y a des mouvements qui se constituent pour essayer de faire changer les politiques qui se profilent, auxquels il faut apporter un soutien citoyen et populaire.

Je crois aussi qu'il y a une résistance du quotidien.

Plein de moyens de faire :

- aller parler aux gens autour de nous pour discuter de ce qu'il s'est passé, organiser des rencontres chez soi ou au café pour ne pas laisser les gens seuls avec leurs peurs, leurs interrogations, leur sentiment d'impuissance
- continuer dans l'élan de solidarité et d'entraide spontanée qu'on a vu pendant et après les attentats : empêcher les gens de se foutre sur la gueule, prendre la défense des personnes qui se font agresser sur l'espace public, ne plus ignorer la misère du voisin
- enclencher un gros mouvement d'éducation populaire pour contrer la rhétorique de la peur. Opposer la paix à la guerre qu'on essaie de nous vendre, refaire du lien, donner la compréhension du monde à ceux qui s'apprêtent à basculer, à ceux qui ont déjà basculé, dans la haine, la peur et le repli.

On entend beaucoup de monde s'inquiéter de la réaction des jeunes. On entend aussi beaucoup d'acteurs de la vie scolaire notamment, plaider et agir pour aider ces jeunes à comprendre, à affuter leur esprit critique, à devenir acteurs de notre société pour la rendre plus juste. C'est une initiative qu'il faut reprendre au bénéfice de tout le monde. Tout le monde peut bénéficier de ce que ces horribles événements ont pu générer de beau dans le malheur : la solidarité, le partage, le souhait de comprendre ensemble et de chercher des solutions ensemble, pour un monde moins moche, plus juste, plus sûr pour tout le monde. Beaucoup d'entre nous ont conscience de l'urgence de faire quelque chose, mais se sentent seuls, ne savent pas comment faire.


On sait que de l'indifférence peut naître le pire.

Certains d'entre nous basculent dans la peur, basculons dans la solidarité pour nous sauver tous.

Viens.