lundi 14 décembre 2015

Et maintenant on va où? Ben je sais pas. Ecrit mi décembre, par là

Quelques jours après les tueries de janviers, à Charlie Hebdo et à l'Hyper Cacher, j'avais produit un texte où je suppliais les gens de ne pas penser que l'extrême droite résoudrait leurs problèmes, parce que si on sait une chose à propos de l'extrême-droite, de l'autoritarisme, c'est qu'il cible une catégorie de personnes pour se faire approuver par tous ceux qui ne sont pas visés, puis qu'il élargit sa politique de terreur jusqu'à englober tout le monde, sauf une poignée de gens qui se feront du pouvoir et de l'argent sur le dos de tous ceux cités plus haut.

Ah mais attends. On est en décembre 2015, et ben euh ouais bon ben.

J'ai beau penser que le PS et même Les Républicains ont peut-être des barrières morales un peu moins inexistantes que le FN, je n'ai plus les arguments pour le prouver.



Je n'ai pas la possibilité, aujourd'hui, de dire que les dirigeants politiques qui dénoncent la malhonnêteté des Le Pen and Co sont irréprochables. Il suffit de regarder les dernières mises en examens pour voir que ce n'est pas vrai.

Je n'ai pas la possibilité, aujourd'hui, de dire que les dirigeants politiques qui dénoncent le cumul des mandats par les candidats FN aux élections sont irréprochables. 85 députés et 36 sénateurs se présentent aux Régionales, et à moins que quelque chose m'ait échappé, le FN n'occupe pas 20% de l'assemblée ni 10% du Sénat.

Je n'ai pas la possibilité, aujourd'hui, de dire que les dirigeant politiques qui font des livres noirs du FN ont raison, parce que dans les 35 990 autres communes de France, la gestion est exemplaire, parce que ce n'est pas le FN qui est au pouvoir.

Ces élections Régionales, à part avoir été la mascarade habituelle pour placer les copains, mais ça c'est pas nouveau, ont montré un phénomène qu'on n'avait pas vu aussi clairement depuis 2002 : nos politiciens, ceux qui sont à la tête des partis de gouvernement et qui proutent dans les sièges en velours des hémicycles de toute nature, ne savent pas, ne savent plus, esquisser un projet de société meilleure. Ils sont des symbiotes du FN, n'existant plus qu'en opposition avec le pire.

Ils ne sont pas le meilleur pour nous, mais ils seraient l'outil politique, le miroir magique qui repousserait le pire. Et ça devrait être déjà pas si mal.

Le moins pire, aujourd'hui, c'est donc :
- Un ex-président de la République qui essaie, aux frais de la collectivité, de se rechoper un mandat, et celui de taulier de la France, tant qu'à faire, pour ne pas aller passer quelques années en taule.
- Un gouvernement qui profite de l'état d'urgence pour sanctionner préventivement des opposants politiques, et qui laisse ses policiers améliorer leurs statistiques en permettant la perquisition sur des sujets qui n'ont rien à voir avec le terrorisme. (et là, regarde le premier paragraphe, on vote une décision sur un principe, puis on l'élargit discrètement)
- La précarisation de la société, le chômage de masse, et des gouvernement successifs qui ne disent toujours pas merde au capitalisme et au libéralisme, qui réduisent le droit à la sécurité sociale dans toutes ses branches
- Un ministre de l'économie qui introduit la notion de "vrai travail", celui qui fait beaucoup de thunes, par opposition au travail à faible valeur ajoutée (donc celui des moins payés), sans reposer les bases des vrais besoins d'une société - parce que personnellement, je préfère filer un meilleur salaire à la personne qui ramasse mes ordures et enseigne à mes gosses et beaucoup moins au gars qui réfléchit à la stratégie d'optimisation fiscale des entreprises
- Une discrimination structurelle envers les pauvres, les précaires et les minorités, discriminations que ces catégories de personnes devraient oublier au moment du vote parce que de temps en temps on leur fait miroiter un petit sussucre pour les calmer.

Tu peux ajouter des exemples en commentaire, j'ai pas trois semaines pour écrire ce billet puis sinon tu vas t'endormir. 

Et là, les gars des partis de gouvernement s'accrochent comme des berniques à un rocher, en essayant de t'expliquer qu'ils sont l'espoir face au néant, eux qui ont justement déconstruit l'espoir, miette par miette, pour finalement faire un énorme trou dans le mur qui permettait de tenir à distance les pensées mauvaises, la recherche du bouc émissaire, la recherche du fautif parmi les voisins, parce que les dirigeants politiques, les vrais fautifs, sont inaccessibles, immunisés, intouchables.

Vivre avec l'injustice est souvent plus dur que de vivre avec la sensation d'avoir une solution, fut-elle mensongère.

Là, je vois un article de l'Obs avec des nouveaux électeurs FN, et une partie des réseaux sociaux trouve ça effrayant, la manière dont ils sont ignorants, dont ils se montent la tête, dont ils pensent trouver des réponses simples à des problèmes compliqués, dont ils sont prêts à jouer l'avenir du pays sur un coup de poker.
Je ne sais pas où vous vivez, mais ces discussions, j'ai les mêmes avec des voisins, des gens gentils, honnêtes, mais qui sont désemparés. Qui ne comprennent pas ce qui arrive à notre pays. Qui cherchent des réponses. Qui trouvent les réponses de qui veut bien les leur donner. Et Le Pen, elle a fait ça. Elle leur a donné des réponses. Et dans leurs réflexions, ils ont des craintes, tu as l'impression qu'ils attendent qu'on leur donne une raison de ne pas être raciste.

Manque de bol, la réponse, elle me désigne, moi, mes parents, mes gosses, certain-e-s de mes ami-e-s, mais elle aurait pu cibler une autre catégorie, ce n'est pas la question.


Alors la question c'est quoi?
Qui a mis à disposition de ces gens la capacité de comprendre le monde, qui leur a dit "votre avis est forcément politique, venez", au lieu de leur dire, votez pour nous, on s'occupe de tout? Ni le PS, ni les Républicains.

Qui a été incapable de persuader que les thèses du FN ne peuvent pas être viables, qu'elles sont inconditionnellement inadaptées au monde que nous voulons, le monde du VIVRENSEMBLEUH? Qui a même été jusqu'à dire que finalement c'était pas si mal de parfois penser comme l'extrême droite? Le PS et les Républicains.

Je comprends les gens qui ne donneront leur voix à personne à ces prochaines élections. Ces personnes savent ce que ça signifie, ne pensez pas qu'elles sont irresponsables. Elles sont juste consciente qu'il faut rebâtir. Et pour rebâtir, il faut refaire les fondations.

ADDENDUM DU 14 NOVEMBRE
Hier, j'ai vu des jeunes et des vieux du quartier ("quartier" au sens Fadela Amara, les QUARTIERS TUVOUA) où je tiens un bureau de vote essayer de faire barrage au FN avec leur petit bulletin, qu'ils n'avaient pas donné depuis des années.
Je les ai regardé faire, et putain, il faut avoir de la merde dans les yeux ou être d'une mauvaise foi extrême pour ne pas voir que le terreau est là. Ils n'en ont pas rien à foutre, au contraire, ils ont une vision très claire de ce qui se fait sans eux. A nous de leur donner une vision de ce qui peut être fait par eux, avec eux.

Le barrage au fascisme, ce n'est pas le PS, ce n'est pas LR, ce n'est pas la gauche radicale.

C'est eux. Rendons leur ce qui leur appartient.