mercredi 7 octobre 2015

Meuf, on a besoin de toi (pour une fois)

Vous n'êtes pas sans savoir,oui bon la plupart d'entre vous s'en foutent, je reprends. Ahem, test micro.

Vous n'êtes pas sans savoir que  des élections se préparent en décembre.
Il s'agit des Régionales, dont personne n'a rien à carrer, mais qui deviennent un truc à enjeu quand on est à quelques semaines, car ça fait partie de ces élections où, à côté de vrai-e-s candidat-e-s, on peut recaser des gens qui sont tricards ailleurs, avec un petit revenu sympa payé par l'Etat.

Alors là, on vient de finir le moment où on cherche des meufs pour garnir les listes.
Oui parce que le reste de l'année, on s'en fout un peu des meufs, qu'elles ne puissent pas venir aux réunions,  aux AG, qu'elles ne puissent pas intégrer les instances décisionnelles, que les décisions se prennent sans elles, pendant qu'elles torchent les mômes ont une vie de famille, un taf très contraignant niveau horaire (ça vaut aussi pour les militants mecs membres de la plèbe qui ont des horaires de chiottes),  (et je te fais grâce des statistiques qui montrent que dans toutes ces situations, c'est elles qui sont en première ligne), une recherche d'emploi qui leur prend tout leur temps ouvrable et même au-delà.

Ce genre de contrainte qui est un peu normale dans la vraie vie des gens normaux, mais que tu ne peux pas avoir dans la vie politique. Ces contraintes qui font que le/la militant-e modèle qui monte est en général sans enfant et/ou retraitée et/ou cadre et/ou profession libérale, rapport à la maîtrise de ses horaires (je parle pas de la meuf qui s'est mise en autoentrepreneuse pour pas se faire lourder hein), et bizarrement, très rarement chômeur ou chômeuse, très rarement issu-e des quartiers populaires, très rarement en galère.

Ce sont des contraintes qu'on n'a jamais essayé de vaincre pour démocratiser la vie politique, ni pour démocratiser la vie interne des organisations. On a poussé les femmes et les personnes les moins privilégiées à s’accommoder des contraintes imposées par les hommes et les personnes les plus privilégiées. Ou à ne pas entrer dans le game, faute de pouvoir s'en accommoder, de ces contraintes.

Il faut savoir que la vie politique est rythmée par les disponibilités des uns et des autres, donc dans l'ordre : des mecs, des sans enfants ou sans souci d'enfants parce que quelqu'un d'autre s'en occupe, des +65 ans, des gens sans gros problèmes de taf (dans ces trois dernières catégories, prépondérance des mecs), parce qu'être un-e bon-ne militant-e c'est être présent-e physiquement tout le temps, à toutes les réunions, réunions qui n'auront pas de compte rendu, qui ne peuvent se tenir sur skype, parce que ce serait certainement trop démocratique. On va m'opposer l'argument de la convivialité, mais tant qu'on fonctionnera comme ça, la convivialité restera entre couilles et/ou personnes privilégiées, ce qui m'intéresse peu.

Grosse digression (tu peux sauter ce paragraphe mal écrit)
Tu as l'impression que ces catégories sont disparates, HE BIEN OUI TU AS RAISON, les personnes qui peuvent s'impliquer pleinement sont pas beaucoup, une fois que tu enlèves : les femmes, les parents (et surtout les mères), les précaires (et surtout les femmes qui sont majoritaires dans les horaires décalés de merde, les boulots à emplois du temps déterminés la veille, les petites missions en interim et le chômage dont c'est dur de se sortir quand on est chargée de famille), les gens qui bossent à temps plein, les gens qui peuvent pas lâcher leur taf comme ça, les étudiants qui taffent à côté des études parce qu'il faut bien crouter (liste non exhaustive).
Fin de la digression merci si tu t'es pas endormi-e

Mais là tu vois meuf, c'est important. On en avait rien à carrer de ta gueule jusque là, mais là tu dois remplir ton devoir pour permettre au/à la militant-e modèle qui s'est foutu en tête de liste d'avoir une base correcte et paritaire non-éligible.

Et toi, le/la militant-e issu-e des classes populaires, tu vas être sympa, coller les affiches et pas prétendre à essayer de péter plus haut que ton cul, il y a des hommes et des femmes sur la liste d'attente des gens à placer, parce que ces personnes ont pu se payer le luxe de lâcher un taf à temps plein pour faire de la politiqueuh nesseupah, et que maintenant c'est l'heure de la soupe, mais pas pour toi qui a encore envie d'essayer de faire un peu de vraie politique pour changer des trucs.

T'es un peu con d'y croire hein mais je suppose qu'on ne se refait pas.

C'est quand même marrant, cette solidarité qui doit toujours aller vers le haut. Les meufs issues des classes populaires devraient soutenir des bourgeoises qui leur écrasent la gueule le reste du temps, sous prétexte de foufoune en commun, tout en acceptant que cet acte féministe s'opère dans un mépris de classe total et/ou un racisme larvé, de la même manière que les meufs des classes populaires devraient toujours soutenir les mecs des classes populaires, même si cette solidarité se fait dans un environnement sexiste et raciste.
 
Cette solidarité est toujours réclamée par celles et ceux qui n'ont pas à composer avec une identité multiple.  Ils et elles veulent pouvoir la définir de manière unilatérale, en fonction de leurs intérêts propres. Mais nous ne nous laisserons pas réduire à une identité, celle qui arrange notre interlocuteur. Nous sommes des êtres complexes, et nous avons même l'outrecuidance de nous considérer comme dotés d'une intelligence comparable à celle de ces personnes qui veulent nous maintenir dans une position qui arrange leurs bidons.