vendredi 20 février 2015

La dignité en option

Je voulais juste pousser un léger coup de gueule par rapport à l'évacuation des Chibanis de l'Hôtel Voltaire ce 19 février.

Pas sur la qualification évacuation/expulsion, pas sur la volonté de les reloger, que je pense sincère.

Je voudrais qu'on parle un peu de dignité, et de service public.
Je te rapporte un échange lu sur Twitter, entre Alexis Bachelay - député que je ne porte pas dans mon coeur, mais qui m'a déçue sur le sujet de cette évacuation par le manque d'empathie pour les chibanis, qui sont pourtant un sujet qui lui tient à coeur, puisqu'il a travaillé sur un rapport parlementaire pour améliorer leurs conditions de vie - et Ouarda Karraï, membre du PS.





Ce point de vue, qui n'est pas propre à M. Bachelay, est celui que l'on retrouve dans beaucoup d'entreprises caritatives ou de service public, et en général dans le discours libéral cher à Messieurs Macron et Wauquiez, à savoir que déjà qu'on les aide, on va pas en plus se prendre la tête à les aider à rester digne, ce qui est pas forcément évident quand tu crèches dans un taudis depuis des années en compagnie de cafards et avec une pension de 600 euros/mois et que la société libérale te crache à la gueule parce que tu es pauvre, immigré, et dépendant de l'argent public (pour lequel tu as pourtant cotisé mais ça on se garde de le dire).

Parce que le témoignage de ce monsieur de 75 ans à la radio, qui t'explique qu'un CRS est entré dans sa chambre à 7h du matin, en lui disant "Dégage", en ne lui laissant pas le temps de rassembler ses affaires, c'est une question de dignité.

Bizarrement, la question de la dignité est souvent, voire tout le temps, amenée sur le tapis pour les puissants, souvent quand ils sont pris la main dans le pot de confiture, pour éviter qu'on parle du fond. Et ils ont des journalistes, des copains politiciens et puissants pour les défendre.

En revanche, la dignité du vieux pauvre travailleur immigré qui se fait sortir du plumard à coups de pied au cul par des CRS alors qu'il n'a rien fait, ou de l'usager lambda qui attend des plombes, parfois dehors par -5°, un ticket pour pouvoir déposer son dossier pour avoir des papiers, un logement,  un RV médical, là ça va, on va pas s'emmerder. Et pour s'offusquer, il y a des assos en galère, et peu de politiciens ou de journalistes.

Dire, "on les reloge, c'est le plus important" , c'est oublier que l'on reloge des êtres humains, qui ont droit à la dignité dans la manière dont on les traite.
Dire "ce n'est pas grave, parce qu'on leur donne un logement", c'est justifier la maltraitance des personnes que l'on juge assistées.

Ce n'est pas acceptable. (et ce n'est pas propre à M. Bachelay, encore une fois, c'est juste tombé sur lui mais n'importe qui aurait pu tenir ce discours donc ne lui tapez pas dessus merci.)