samedi 15 novembre 2014

Enorme TV, énormes connards

Hier soir, je me suis retrouvée je ne sais trop comment devant la télévision. Je veux dire la vraie télévision, quand c'est pas toi qui décides de ce que tu vas regarder, avec les pubs et tout.

(enfin si je sais comment je me suis retrouvée devant, après avoir savaté les petits pour qu'ils mangent, se lavent les dents, et puis pour qu'ils se couchent ailleurs que dans la cage du lapin "parce que notre lapin c'est un peu un doudou" bref quand ils ronflent t'en as ras la foune et du coup du t'affales devant ta télé avec un pot de glace dans une main, ton portable dans l'autre et une tasse de thé dans la troisième)

Donc je me retrouve devant l'Enorme TV, et plus précisément une émission de Laurent Baffie (oui il bouge encore mais il sent toujours aussi mauvais) qui s'intitule Open bar. Et donc Laurent Baffie s'est dit "j'ai certainement des soirées plus intéressantes que mes cons de téléspectateurs, du coup je vais filmer mes beuveries entre potes au café le vendredi soir, et ça va être bon coco"



La recette pour une émission de merde :
- Laurent Baffie (un argument pour appuyer sur le bouton off, mais soyons persévérants)
- Des humouristeuh has been, en voie de fossilisation, ou tout simplement pas très bons
- Des meufs qui parlent pas ou qui font nichons, ou qui sont dans des personnages de concierge moche qui a faim question cul, ou qui font nichons (ou qui font nichons)
- Et là, waw esprit subversif, une personne transexuelle qui ne parle pas, qui fait nichons aussi, et qui sert de base pour faire des vannes sur les relations sexuelles entre Baffie et elle, et sur son sexe qu'elle n'a plus.

Voilà. Donc on va faire une petite incursion dans la télé de chiottes. Suis moi. Ou pas. Enfin si j'ai pas très envie d'y retourner toute seule. Viens steup.

Donc l'émission Open Bar, c'est un groupe de mecs qui se racontent leur life autour d'un comptoir, avec des petites blagues variées, une fois sexiste, une fois transphobe, une fois machiste, une fois homophobe, une fois misogyne... mas toujours nulles. Ah tiens, j'ai oublié la meuf trans peu habillée (oui parce que les mecs eux ne sont pas en string à plumes, ils sont tous en pull) qui fait semblant de nettoyer le comptoir pendant que les Hommes parlent, donc t'imagines que la portion de bar qu'elle a essuyée pendant 1 heure est vachement propre à la fin.

Pendant ce temps, dans la salle à côté,  des gens glandent et attendent que les mecs aient fini leur conversation importante au bar, et daignent, grands seigneurs, venir faire un stand up nase de 30 secondes chacun.

A un moment quand même, une femme a fait autre chose que montrer ses loches, et c'était presque un événement dans ce magma de couilles couillues : Carmen Maria Vega est venue chanter une chanson. Alors je sais pas si c'était pour faire couleur locale, mais elle a interprété une reprise de Mistinguett dont les paroles font "ils me donne des coups, ils me prend mes sous mais je l'ai dans la peau", et dix minutes après elle participait à une saynète où elle se fait verser du GHB dans son verre par un mec au comptoir du bar. Malaise.

Je vais pas rentrer dans le détail, mais les mécanismes humoristiques reposent essentiellement sur la violence et l'humiliation dirigées contre des femmes (cis et trans) par des hommes.

Je vais juste vous décrire un exemple de sketch vu pour de vrai, qui concentre tellement de choses que j'ai envie de crier "TELLEMENT DE CHOSES" :

Guillaume Bats, humoriste handicapé, traite une bonasse valide comme de la merde, donnant ainsi l'impression d'un renversement de l'oppression sur les personnes handicapées. Elle le kiffe, il l'envoie chier salement, et comme elle est bonne elle est conne et persiste.
Les vents qu'il lui met se succèdent, puis à un moment elle lui propose une pipe dans les chiottes qu'il accepte.
Elle part l'attendre, et là, débarquent deux policiers qui donnent chacun un biffeton à Guillaume Bats et entrent dans les toilettes.
Donc en l'espace d'environ 30 secondes, la femme du sketch est une conne objet, avant d'être prostituée contre son gré.

Tu imagines que je suis un peu restée sur mon énorme cul à regarder un truc pareil sur TV Enormes Connards.

Je me suis dit tiens, je suis vaccinée contre la téloche pour environ 200 ans cette affaire, puis je me suis souvenu que c'était pas nouveau, et que c'était un avatar du Collaro Show des années 80, comme quoi on a pas beaucoup beaucoup mis à jour les ressorts comiques de daube, et que la culture du viol a encore de beaux jours devant elle.