jeudi 12 juin 2014

Le gîte et le couvert

Y a quelques temps je t'avais promis de te parler du certificat d'hébergement. 

Donc un ressortissant d'un pays hors espace Schengen et qui ne bénéficie pas d'accord avec la France, ne peut entrer sur le territoire français qu'avec un visa.
Jusque là ma foi, rien à dire.

Examinons maintenant les conditions d'obtention dudit visa.


L'étranger doit prouver qu'il a l'intention de rentrer chez lui après, et il faut qu'il donne un contact en France. Donc en gros, si t'es un touriste algérien venu claquer tes thunes à Paname tout seul comme un grand, laisse tomber.

En revanche, si comme mon cousin, tu as la chance d'avoir de la famille en France, c'est cool.

Donc ta famille en France va faire des démarches pour t'accueillir, avec en prime un petit déballage de sa vie : on va lui demander combien elle gagne, combien de gens vivent chez elle, pourquoi elle t'accueille.

Quand j'ai des potes de province qui viennent à la maison, ils pioncent sur le canapé du salon, et c'est marre. Mais quand c'est mon cousin qui vient, l'administration, soucieuse de son bien être, veut absolument que j'aie la place de le loger dans des conditions décentes, et pas dans des conditions de merde comme en centre de rétention. C'est super sympa de sa part. Il faut donc que j'aie tant de m² à consacrer à cette personne supplémentaire, sinon c'est pas possible, et que j'ai assez de pièces pour ne pas proposer une promiscuité indécente à mon illustre hôte. 

Donc t'imagines bien qu'avec un salaire qui te permet pas d'avoir un 100m², tu peux t'asseoir sur l'espoir de voir ta maman ou ta soeur restée au bled, et encore moins de les accueillir toutes les deux, quitte à se serrer un peu pour profiter de trois semaines ensemble. Non non, l'administration veut bien que tu accueilles des gens, mais dans des conditions ir-ré-pro-cha-bles, sinon imagine le souvenir que tu vas laisser à ta famille qui aura passé des vacances de daube et ramené un mal de dos pas possible à force de dormir sur un matelas par terre.

De même, l'administration a pensé à l'éventualité où ton hôte serait un flambeur susceptible de claquer tous ses gazouz-dinars* convertis en euros au casino d'Enghien, ou pire, de s'aventurer à Barbès pour s'acheter des milliards de fringues à Tati ou des sacs entiers de cassettes de Aït-Menguellet, voire les deux, parce que Tati + disquaires , ça leur fait perdre la tête à ces gens-là.

Tu dois donc justifier de tes revenus, afin de prouver que tu peux te porter garant pour lui s'il fait des conneries avec ses sous. 

Encore une fois, comme avec la superficie de là où tu crèches, tu as donc moins de chance si t'es au SMIC de pouvoir accueillir ta famille que si t'es CSP+. Et on sait que les populations immigrées ou descendantes d'immigrés, qui ont donc de la famille directe au bled, ne sont pas très très présentes dans les strates sociales là-haut là-haut.

On me dit dans l'oreillette que cette mesure a été mise en place pour lutter contre les faux hébergements, qu'une même personne ne puisse pas déposer des certifs pour 25 personnes alors qu'il habite un studio, 25 personnes qui ne seraient pas reparties ensuite, pour mieux fournir les rangs de travailleurs clandestins chez Bouygues. 

Et donc, les conditions d'accueil sont devenues tellement drastiques que mes parents n'ont pas pu accueillir ma mamie, qui du haut de ses 80 ans est une vraie menace pour le travailleur français. 

Ah oui, et j'ai oublié de te dire, pour chaque demande d'hébergement, acceptée ou pas, tu raques 30 euros. Et puis ça te prends une demi journée de ton temps, parce que ça doit être visé par la Mairie, et tu dois aller déposer les documents toi-même en personne.

Et qui est à l'origine de cette belle mesure, empaquetée dans un projet de loi global de contrôle de l'immigration? Jean-Pierre Chevènement. Ne me remercie pas.

*terme honteusement volé à Idir Hocini, ici.