vendredi 3 janvier 2014

Les antibiotiques c'est pas automatique (a.k.a. patient, t'es quand même un gros connard)

Il y a quelques temps j'ai reçu un courrier de la Sécu au titre de la campagne "Les antibiotiques c'est pas automatique"

En gros, cette campagne qui a maintenant plusieurs années t'explique à toi patient-e, que tu fais rien qu'à piquer son ordonnancier à ton médecin pour t'autoprescrire des antibiotiques et aussi pour y dessiner des bites. 


Ca fait super chier patient-e, parce que 1/ les antibiotiques c'est pas automatique et 2/le truc des bites là, ça lui ruine sa street credibility auprès du pharmacien, qui l'appelle tout le temps pour lui demander quelle est la DCI (note de bas de page pourrie 1) pour les bites (note de bas de page pourrie 2), parce qu'on n'en délivre pas tant que ça vous savez, alors on pense pas à prendre des notes sur le coup puis on oublie.

Bref, tu fous la merde patient-e, à te soigner aux antibios. Vraiment. Après, quand t'as une vraie de vraie infection, et pas un truc viral pour lequel tu as forcé ton médecin à te prescrire les mauvais médicaments, ben on n'arrive pas à te soigner. C'est con hein, t'es bien attrapé-e du coup. Mais si t'étais plus responsable aussi, on n'en serait pas là, alors tu vas arrêter tes conneries maintenant. 

Ca me laisse perplexe et un peu en colère quand même ces trucs de responsabilisation du patient sur les médicaments sujets à prescription. Je sais que les médecins sont aussi sensibilisés, mais j'ai du mal à comprendre que l'on mette sur le même plan les usager-e-s et les professionnel-le-s de santé en termes de responsabilité.

Bref, ça me fait penser à une anecdote chez le toubib, ou plutôt la remplaçante de mon toubib traitant.

Trigger Warning: Bricolage (âmes sensibles s'abstenir)

Donc je me pointe avec un des chiards parce qu'on est tous les deux victimes d'une infection/virus quelconque d'automne. 
Pour ma part, c'est la sinusite récurrente que tu n'es content-e d'avoir que les jours où t'as besoin de refaire les joints de ta salle de bain, parce que ce qui sort de ton tarbouif te permet d'éviter le déplacement chez Leroy Merlin. 

- Bonjour j'ai une sinusite aidez moi s'il vous plaît sinon je vais me noyer dans la colle à bois. 
Bon déjà la docteure n'est pas contente de mon autodiagnostic, mais comme j'ai eu juste le même truc deux semaines avant, je me suis permis de supposer que c'était la même chose. Sacrilège.

Elle m'examine : 
 "c'est une sinusite.
- oui, j'ai eu la même chose il y a deux semaines, le médecin m'a prescrit des antibiotiques et apparemment ça n'a pas super bien marché

- Des antibiotiques? Pour une sinusite? 
Ralphie 
 
- ben euh oui
- bon moi je préfère des inhalations, j'aime pas prescrire des antibios pour tout (tu remarqueras au passage le tacle à mon médecin traitant qu'elle se gardera bien de lui faire en direct)"
- oui, je veux bien essayer, vu le succès relatif des antibios"
- mais bon, je peux vous prescrire des antibios si ça vous rassure"

Et là je te demande à quel moment je lui ai expliqué que je voulais des antibiotiques. 

Passablement agacée, je refuse son offre et passe au nain, qui a une bronchotrucchose, ces maladies où tu as globalement l'impression que c'est toujours les mêmes symptômes, mais pas toujours ensemble. Mais en gros c'est toux-morve-fièvre ou fièvre-morve-morve ou fièvre-toux-toux.  Mais le médecin a toujours des noms différents à mettre dessus, c'est très rigolo, et à la fin il te prescrit du Doliprane en suppositoires et du sérum physiologique.

"Alors la dernière fois il a fait une bronchomachin et le médecin lui a prescrit de la kiné respiratoire.


- De la kiné respiratoire? pour une bronchomachin?
Sherlock Frustrated
Et vous trouvez que ça fonctionne?


- ben euh oui sur le moment mais ensuite on a arrêté et c'est revenu
- Mouais j'y crois moyen moi. Mais bon, je peux vous en represcrire si vous voulez
- oui je veux bien pour le coup"

Bref, deux situations super plaisantes où tu te retrouves garant-e des recommandations de ton médecin devant un autre médecin qui en plus joue à donf la carte de la responsabilisation, en te laissant choisir ton traitement sur des critères d'une rigueur implacable, n'est-ce pas. 

Je suis sortie de cette consultation avec un goût amer dans la bouche, comme si elle m'avait rangée d'emblée dans la case "patiente qui fait ses courses quand elle va chez le médecin", ce qui à mon sens expliquait le ton à la fois suspicieux et condescendant style "mais patiente, t'es vraiment trop conne de croire tout ce que ton médecin-qui-n'est-pas-moi te raconte". 

Enfin autant te dire que cela m'a confortée dans l'idée que renforcer la formation des médecins dans le domaine de la relation aux patients, ce ne serait pas du luxe.

En cadeau pour la nouvelle année, ce lien vers le site de la Sécu http://www.ameli-sante.fr/protegeons-les-antibiotiques/resistance-bacterienne.html Tu lis tout ça et tu te dis "ben oui c'est super, j'ai compris le message". Mais tu fais comment face à ton médecin, exactement, s'il te prescrit des antibios à tort? Et t'es vraiment bien placé pour évaluer qu'il le fait à tort? Personnellement, malgré toute la défiance que j'ai envers certains praticiens, je ne peux m'empêcher de me demander à quel moment je suis plus qualifiée qu'un médecin pour évaluer l'efficacité d'un traitement. C'est hyper ambivalent dans mon esprit. Aussi, si des gens peuvent apporter des éclairages sur la conduite à adopter, je suis preneuse.


Notes de bas de page pourries

1- DCI : dénomination commune internationale - le nom de la molécule plutôt que le nom commercial du produit

2- la pénicilline #pouet #pardon