samedi 9 novembre 2013

Le Coeur ou la Foi, mais pas les deux à la fois

Les Restos du Coeur ont refusé dans plusieurs villes l'offre de bénévolat de femmes portant le foulard. 

Dans l'un de ces cas, la femme voilée fait partie de l'association Coexister, qui comme son nom l'indique, travaille pour le dialogue inter-religieux, et dont les adhérents ne "gardent pas leur religion dans la sphère privée" - j'utilise volontairement cette expression devenue une tarte à la crème laïcarde. Au contraire, ils sont convaincus que les croyants peuvent exprimer leurs convictions religieuses et vivre en bonne entente avec les croyants des autres religions et les non-croyants. 

Sur tout le contingent de bénévoles issus de cette association, elle est la seule à se faire refouler. Parce qu'elle porte le voile, et que ce voile prouverait qu'elle ne rentre pas dans le cadre de l'« indépendance complète à l'égard du politique et du religieux » telle qu'elle apparaît dans la Charte du Bénévole. Sauf que, encore une fois, les adhérents se revendiquent tous d'une appartenance à une religion. Tu as donc une brochette (pas hallal, hin hin) de personnes ouvertement croyantes, et seule la femme musulmane voilée est rejetée.

On apprend donc que pour les Restos du Coeur, la personne qui vient chercher son colis alimentaire risque de choper une islamite aiguë au contact de cette femme qui va certainement lui dire "Bonjour" et toucher des aliments qu'il va ensuite mettre dans sa bouche.

Les Restos du Coeur contribuent au fantasme collectif qui voudrait qu'une femme voilée soit par défaut incapable d’interagir avec la société sans but prosélyte, comme si son voile la privait d'empathie pour les personnes démunies.

Une femme fait la démarche d'intégrer une association pour être au contact des gens. Son voile lui vaut d'être exclue de cette association. Et on reproche ensuite aux femmes voilées de s'exclure de la société. Paie ta logique. 

Et les Restos du Coeur d'interpréter sa Charte au sens de la non-visibilité, au lieu de la liberté de conscience, comme si une personne religieuse était privée de tout libre arbitre. 

Les Restos du Coeur vérifient-ils que leur bénévoles ne sont pas encartés dans un parti ou un syndicat? Je ne le pense pas. Et pourtant, il s'agirait de militantisme politique, alors que rien ne prouve qu'une femme voilée soit par essence une militante de l'Islam prosélyte. 

Marwan Muhammad, du CCIF fait sur son site un jeu de mot : Aujourd’hui, on n’a plus le droit ni d’avoir faim… ni d’avoir foi.

Je dirais plutôt que les Restos du Coeur s'arrogent le droit de porter un jugement sur la pratique religieuse des gens, pour décider ce qui est correct ou pas.