jeudi 28 novembre 2013

Barren

Cette année, je vais encore poser la question tout en sachant que je ne sauterai pas le pas.

Pourtant, la praticienne du planning familial me dira qu'il n'y a aucun problème pour lancer la procédure. Elle me l'a déjà dit l'année dernière.

Quand j'ai abordé la fameuse question avec le médecin de la maternité, au sortir de ma grossesse relou, il m'a dit qu'il ne fallait pas penser comme cela à mon jeune âge et que parfois, "les femmes changent d'avis et regrettent". Les femmes, hein. Pas certaines femmes.

Il m'a même affirmé que la peur de la grossesse qui peut finir en guerre nucléaire était souvent vaincue, chez les femmes, par le désir d'avoir des enfants.
 
J'ai opté pour une contraception temporaire.
Pourtant, je ne veux plus d'enfants, et encore moins si je dois passer une année de ma vie enfermée chez moi, avec la peur (au ventre hihi) de me refaire ouvrir le bide et risquer l'hémorragie de l'enfer menant à la transfusion. Je sais que je n'ai pas envie de prendre ce risque, aussi minime soit-il. Crever en donnant la vie, la belle affaire.

Mais surtout, je le répète, je ne veux simplement plus d'enfant.

Je m'étais promis de torcher la question des grossesses avant mes 30 ans, puis de couper le robinet définitivement. J'ai mes deux mômes comme je voulais, et je suis sure à 100% que je n'en veux plus. "Mais si vous vous séparez/ton mari meurt, et que tu te remets en couple? Si ton nouvel homme veut un enfant de toi? Si tes enfants meurent?" Bon déjà, permets-moi de te dire que j'apprécie ton optimisme. Et de toute façon, JE n'en veux plus, alors ne me parle pas de l'autre. Je n'en veux plus, et surtout pas dans 10 ans, quand mes enfants aujourd'hui petits pourront se prendre en charge un peu tout seuls, et que je pourrai à nouveau sortir le soir sans mettre en place tout un cirque logistique. J'ai aussi des projets pour moi, et j'espère à 40 ans pouvoir reprendre une vie de zazou.

Mais aujourd'hui, la crainte de regretter un jour est plus grande que la perspective du confort. Ne plus s'emmerder avec une contraception temporaire et ses inconvénients, j'en rêve. Alors je privilégie une hypothèse lointaine et peu probable au détriment du choix raisonnable d'une qualité de vie concrète, immédiate, accessible et souhaitée.

Comme si au fond, ma capacité à avoir des enfants, même si je n'ai plus l'intention de l'utiliser, était une condition sine qua non pour pouvoir être une femme valable. Je sais que ce n'est pas vrai, mais ce que je sais ne parvient pas à vaincre cette représentation inconsciente, irrationnelle mais persistante (1).

Je cède à l'incertitude.

Cette année encore, "Et si" prend encore le pas sur "maintenant". Et je sais, profondément, qu'un jour je sauterai le pas, avec le regret de ne pas l'avoir fait des années plus tôt.

Mais pas cette année.

Peut-être l'année prochaine.

(1)  bon là je fais semblant de douter, mais c'est ça que j'ai dans la tête, là, derrière - d'ailleurs à ce sujet, vous pouvez lire Dworkin, elle théorise ça de manière tellement claire que rien que d'y penser ça me fait doublement chier, tiens.