vendredi 22 mars 2013

Déshonorer la justice (elle commence à bien faire celle-là)

Alors alors, en une semaine, deux affaires où la Justice n'a apparemment pas fait son boulot correctement, enfin c'est ce que nous disent les politiques. Quand les politiques disent ça, c'est que la Justice, elle est indépendante, mais ça serait mieux qu'elle fasse ce qu'on veut quand même.


Tout d'abord, le sujet où je kiffe grave.
Sarkozy mis en examen, parce qu'il est parti demander de l'argent de poche à Mamie, qui n'a plus toute sa tête.
Le déferlement de haine vis-à-vis de l'institution est éloquent. En gros, la Justice elle fait son taf, mais quand elle vient nous emmerder dans nos petites affaires , trois fois rien, hein, juste un peu de milliers d'euros pour financer illégalement une campagne, là on n'est plus d'accord. C'est vrai quoi, elle a pas mieux à faire, comme par exemple s'occuper des femmes qui portent le voile au travail (on va y revenir, d'autant plus qu'ils sont pas contents non plus là-dessus).

Donc, la Justice est pilotée par les Francs-Maçons islamistes chers à Christophe Barbier la gauche, ou elle veut juste emmerder Sarkozy qui voulaient supprimer les juges d'instruction. Mouais.
Henri Guaino a repris son costume d'orateur des année 50 pour carrément dire qu'un juge, en procédant à une mise en examen mal placée, "déshonore la Justice". Ben dis donc, il lui en faut pas beaucoup à la Justice pour être déshonorée. Il suffit qu'elle décide de passer outre la bienséance de classe, qui veut qu'on ferme les yeux sur les agissements de nos puissants, même quand on sait. Elle a même l'outrecuidance de prendre en compte le témoignage des gens de maison de Mme Bettencourt, n'est-ce pas, au sérieux, comme le souligne le mec en charge de la comm à l'UMP, avec beaucoup de classe, vous en conviendrez. En termes de comm, c'est réussi, et le mec est tellement content de sa blague qu'il l'écrit DEUX fois, histoire de bien marquer son appartenance à la classe d'en haut, celle qui trousse des domestiques impunément.




Après, il y a l'arrêt de la Cour de Cassation qui donne raison à l'employée de Baby Loup, qui avait décidé de revenir voilée après un congé parental. Je passerai rapidement sur les commentaires orduriers sur internet, qui ont accusé cette femme manifestement bougnoulette de n'avoir porté l'affaire en justice que par amour de l'argent, et pour faire fermer cette crèche (alors que cette dernière hypothèse ne s'appliquerait que si elle devait être réintégrée et toucher des dommages et intérêts pour licenciement abusif). Avec au passage de belles sorties sur les origines de cette femme, sur les femmes qui devraient porter le voile parce qu'elles sont moches, des parallèles intéressants entre le traitement des étrangers en France et le traitement des Français en Arabie Saoudite bref, que le meilleur de l'humanité. 

Le fond de la décision reste à discuter, puisqu'il est intéressant de se poser la question de l'application des principes de laïcité dans les entreprises privées sans délégation de service public. Quand il s'agit des crèches, c'est vrai qu'on se rapproche d'une structure dont le rôle est proche de celui de l'école, avec déjà un rôle de transmission de valeurs à des enfants qui ont comme référent des adultes employés desdites crèches. 

Mais de là à ce que des ministres regrettent la décision, et induisent que la Cour de Cassation n'a pas fait son boulot, on marche sur la tête. Oui, avec les éléments à sa disposition, elle a décidé que le licenciement était illégal, puisqu'on ne pouvait invoquer la laïcité dans une structure privée. Tout simplement. Mais là, on demande à la Cour de Cassation de ne pas faire son travail. De prendre des décisions de justice par conviction politique. Parce que la laïcité reste une conviction politique, qui a eu la chance de perdurer et d'être intégrée par les Français. Elle commence à être dévoyée par des personnes qui l'instrumentalisent pour en faire un argument servant à nourrir des thèses racistes, piège dans lequel sont tombées beaucoup de commentateurs, officiels et officieux. 

Comme dit au début du sujet, je pense que la question posée mérite d'être traitée avec mesure.
Mais on ne peut accepter que l'amalgame Musulman=pratiquant=Islamiste=Prosélyte soit entériné de la sorte, de la même manière que l'amalgame Musulman=Etranger=Délinquant=Renvoi au pays. C'est dangereux et c'est un pas de plus vers la haine du pas comme soi, qui est bien sûr responsable de tous nos problèmes.