mercredi 15 avril 2009

Et toi t'es d'origine?

La question qui tue. Si tu n'as pas une tête typiquement française (ce qui reste en ce qui me concerne une notion tout à fait abstraite, je ne peux pas te dire ce qui a l'air français ou pas), la question est "Et toi, t'es d'origine?". Jusqu'à nouvel ordre, je ne suis ni un camembert ni une bouteille de pinard, aussi cette question m'a toujours mise de travers.

C'est la version politiquement correcte de "t'es arabe?". Ah ben oui, parce que si t'étais africain ça se verrait, et français ou européen de l'ouest aussi. Mais toi là, t'es un peu bronzé, t'as un nez un peu long et des cheveux bruns qui frisouillent, aussi j'ai l'impression que t'es peut-être arabe. Mais je suis pas sûr, ça se trouve t'es marseillais ou t'as un parent du sud de l'Europe, aussi je vais pas te faire l'affront de te demander si tu es arabe, parce que si tu l'es pas tu risques de mal le prendre. Mais pas savoir tes origines, ça me fout quand même mal à l'aise.

Je me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes que j'ai rencontrées dans ma vie, à la fac comme au boulot, ou en soirée, m'ont posée cette question en troisième position juste après "comment tu t'appelles" et "tu fais quoi dans la vie". Comme si ça allait changer quelque chose de savoir que mes parents viennent du bled. Encore ça serait pour te parler de quelque chose d'intelligent en rapport avec ça, mais on te ressert toujours les mêmes clichés.

Petit florilège :

"j'aime bien les gateaux que vous faites"
"et tu manges du porc?" (note bien l'amalgame religieux)
"j'adore le thé à la menthe"
"Je suis allé à Agadir cet été, j'ai super bien bronzé, vous avez des plages magnifiques".

Sauf qu'en l'occurence, les Kabyles ne sont pas des Arabes, que l'Algérie, la Tunisie et le Maroc sont trois pays distincts, que mes parents viennent de villages dans les montagnes où il neige en hiver et que je suis allée en Algérie trois fois dans ma vie, donc une où j'avais trois ans, et dont je ne me rappelle pas.

Une fois, à la fac - la Sorbonne, donc un pourcentage d'étudiants "d'origine étrangère" beaucoup moins élevé qu'à Saint-Denis - on s'est même étonné que je parle sans accent de la cité.

Comme quoi, faire de longues études dans un établissement parisien renommé ne préserve pas de la connerie.