mercredi 1 mars 2017

Tout ça ne Meklat pas (jeu de mot sponsorisé par... non personne n'a accepté de sponsoriser)

Je connais pas bien Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

Quand je dis que je connais pas bien, ça veut dire que je ne les ai jamais lus ou écoutés.

Quand j'ai lu des tweets de Marcelin Deschamps sur Twitter, en sachant que c'était Mehdi Meklat, issu du Bondy Blog, ben je l'ai nexté, mis direct dans la catégorie "troll sexiste et raciste des internets, intérêts divergents". Son arabité, son origine de quartiers populaires comme moi ne sont pas entrées en ligne de compte. Pour moi, c'était un connard comme les autres, comme le troll lambda ou comme n'importe quel mec un peu connu qui dès qu'il le peut chie à la gueule des minorités, et dans le cas qui nous occupe, des minorités qui ne sont pas la sienne.

De la même manière que le Bondy Blog abritait des gens comme ça, Libération abrite des Luc Le Vaillant qui se posent là question racisme et sexisme à longueur de colonnes, et cela n'empêche pas que je lise ces media, tout en déplorant qu'ils ne fassent pas un peu le ménage dans leurs rangs de temps en temps. 

Puis l'affaire. Wow. On découvre qu'un mec peut être sexiste, antisémite, homophobe. Quelle nouvelle. Je sais pas où vous avez dormi ces dernières décennies mais voir les media découvrir l'eau chaude était bien marrant. 

Puis Meklat tente une Houellebecq. Oui mais c'est pas moi c'est un personnage. Comme Houellebecq qui nous explique que non ce n'est pas lui le pervers de ses bouquins. Que non, il n'insinue rien sur les Musulmans de France quand il écrit Soumission, que c'est un exercice de style, une fiction.

Alors pour moi, quand Meklat tente une Houellebecq, il entre (en plus d'être une merde) au Panthéon des abrutis encensés par l'élite culturelle, qui peuvent se permettre de se faire des films (en l’occurrence des écrits mais ne me gâche pas mon expression des années 90) sur le dos des gens. Parce que les gars qui t'ont retweeté ou qui ont lu tes bouquins, je suis pas sure qu'ils se disait "ouh la la mais quel second degré délicieux, quel sens de la fiction". Avec ton personnage (lol), tu as entériné des théories haineuses, donné du grain à moudre à l'oppression. 

Mais quand Meklat tente une Houellebecq, bizarrement ça ne fonctionne pas. Je trouve intéressant de chercher à comprendre pourquoi. Pourquoi c'est plus grave qu'un arabe des banlieues se comporte comme une merde, pendant que le monsieur de souche, ben ça va, on lui file même des Goncourt didonc.

Je trouve aussi intéressant de chercher à comprendre ce qu'on attend de nous autres arabes de banlieue. On m'a demandé ce que je pensais de cette affaire, comme si je connaissais le mec personnellement. On m'a refusé le droit de considérer ce mec comme un autre mec, le mettre dans la case "intérêts divergents, avec qui je n'ai rien à faire". 

On a refusé de laisser le bénéfice du doute à ce jeune homme, parce qu'avant d'être un parvenu de la culture, il reste un arabe des banlieues, alors que le bénéfice du doute, on le laisse toute l'année à des tas de racistes qui ne peuvent pas être racistes puisqu'on vous dit qu'il ne sont pas racistes. (tu peux remplacer le terme "raciste" par "sexiste" ou "homophobe")

On nous refuse le bénéfice du doute, la liberté de conscience, parce qu'il y a forcément un lien entre nous tous arabes des banlieues.

mardi 23 août 2016

C'est déjà demain

Aujourd'hui, un media relate la verbalisation d'une femme sur une plage publique par la police, parce que portant un hijab et un pantalon, sa tenue n'était pas conforme "à la laïcité et aux bonnes moeurs", selon l'arrêté pris par le maire, et selon l'appréciation des policiers qui l'ont invitée à quitter la plage ou à changer de tenue (c'est à dire à moins se couvrir) et l'ont finalement verbalisée.

J'ai le regret de dire que je ne suis pas étonnée.

Je suis aussi soulagée de voir que des personnes qui pensaient qu'on n'en était pas encore là réalisent que si, on en est là.

Je suis aussi inquiète d'entendre ces mêmes personnes se demander "si on en est là, quid de demain?", parce que ça veut dire qu'elles ont vraiment été aveugles toutes ces années, ou que jusque là, le racisme et l'islamophobie étaient acceptables dans leurs manifestations diverses.

Demain, on y est depuis des années déjà.

On y est depuis qu'on invente des lois d'exception pour enfoncer une partie de la population.

On est demain depuis que les gens dans le métro me regardent chelou quand je ne parle pas français au téléphone. 

On y est depuis que des structures et organisations publiques ou privées pondent des arrêtés ou des règlements en contradiction avec la loi, et regardent si l’État conteste ces arrêtés et ces pratiques. Et comme l’État ne les conteste pas, voire les reçoit positivement , les arrêtés et règlements deviennent valides, et deviennent eux-mêmes légitimes à voir leurs principes inscrits dans la loi.

On est demain depuis longtemps.

Ce demain où l'on considère que la loi ne doit pas s'appliquer de la même manière pour tout-e-s, et où une partie de la population identifie l'autre comme une menace (français vs étrangers ou assimilés, étrangers en situation régulières vs sans papiers, athées vs religieux, pas pauvres vs pauvres, vieux vs jeunes etc) grâce à une habile construction politique et médiatique, et qu'elle est prête à justifier les injustices tant qu'elle n'en est pas la cible.

On est demain depuis que le soupçon, le fantasme et la rumeur ont pris le pas sur les faits et la loi, influant souvent sur cette dernière.

On est demain depuis qu'un même vêtement n'a pas la même signification selon qui le porte.

On est demain depuis qu'on préfère fantasmer ce que les gens pourraient faire de mal et les opprimer préventivement sur la base de cette préoccupation.

On y est depuis que les mouvements politiques et militants qui se veulent progressistes ont le progressisme sélectif.


On est demain depuis qu'une agression est plus ou moins acceptable selon qui est agressé.

On est demain depuis longtemps.

Ce n'est plus le moment d'imaginer les pires choses et de se rassurer en se disant qu'on n'y est pas encore, car on y est. On ne peut plus penser repousser le pire en se contentant d'espérer qu'il ne viendra pas.

Alors qu'est-ce qu'on fait?

jeudi 28 juillet 2016

Un travail doit être fait. Par qui?

Au détour d'une conversation lue sur les réseaux sociaux , j'ai été frappée (comme à chaque fois que je l'entends ou la lis) par cette phrase écrite par un mec qui a l'air un peu sensibilisé à des trucs (je sais pas exactement à quoi, mais je me dis qu'il y a une petite étincelle qui ne demande qu'à devenir un grand feu de joie comme dans Will Hunting où le gars a la bosse des maths au début mais en fait c'est un grand génie laissez moi avec mes illusions)  :

Attention, comme d'habitude accroche toi à ton slip ça va décoiffer d'originalité

lundi 20 juin 2016

Gynécall Of Duty

Tiens, ça fait longtemps que je t'ai pas parlé de mes pérégrinations gynécologiques.

Pour ceux qui suivent pas dans le fond, j'en parle de temps en temps juste histoire de vous raconter comment ça se passe en vrai, en complément des analyses chiffrées et des concepts sur la relation patient/médecin produits par des gens plus calés que moi.

Donc là j'ai 33 ans, deux gosses, un implant contraceptif dans le bras et du gras un peu partout.
C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup ET SURTOUT POUR L'INTERNE QUI M'A EXAMINEE.

Donc on y va.

jeudi 17 mars 2016

Loubia Connection, le livre

Bon les zouz, une grande nouvelle, je me suis auto-éditée  (hé ouais on se la pète, nique Gallimard keskya)

Je me suis esquinté les mimines (oui heu les mains fines et poilues ci-dessous sont AUSSI à moi) à fabriquer quelques dizaines d'exemplaires d'une compilation de mes plus grands tubes volume 1.

Si tu veux commander ce merveilleux livret, pour la modique somme de, Maryse, 599 €, envoie-moi un mail à loubiaconnection@gmail.com pour qu'on tope là.


(en vrai, on m'a dit que des gens auraient envie de laisser quelques euros, ne serait-ce que pour couvrir les frais de port (pour info c'est environ 1,5 euros pour la France et 3 euros pour l'Europe), aussi tu peux laisser un petit truc si t'as envie en appuyant - si tu veux pas/peux pas, c'est pas grave, laisse moi quand même ton adresse que je t'envoie le bouzin)

Modes de paiement acceptés : Leetchi, lingots d'or, fromage de chèvre et slips troués d'Idris Elba.


 
 




jeudi 10 mars 2016

Chair à patron chair à canon

Ce matin, avant d'aller bosser, j'ai accompagné mes enfants à l'école. 

Sur le chemin, un panneau publicitaire sur l'abribus du 235 (qui ne passe plus depuis deux ans dans le quartier hello la RATP si tu me lis) , avec le visage d'un mec un peu plus vieux que mon neveu et une citation de lui style "je m'engage dans l'armée de Terre pour aller à l'aventure en Centrafrique". 

Alors bien entendu, j'ai eu deux minutes où je me suis dit que l'armée de Terre choisit bien les endroits où elle pose ces affiches en contexte de chômage de masse notamment chez les jeunes des quartiers populaires. Mais bon, n'étant pas une pro de la communication et n'ayant pas plus de données sur les affichages publicitaires, je me suis dit que je regarderais plus tard et j'ai foutu mes mômes à l'école avant de partir prendre le métro.

Et là, à Saint-Lazare, dans la salle d'échange qui mène à la ligne 14, je te jure j'ai eu envie de chialer.

Saint-Lazare, c'est la gare de transit de plein de gens qui vont turbiner le matin, dans des bureaux, sur des chantiers dans des magasins, dans des échoppes où d'autres travailleurs plus ou moins précaires viennent claquer leurs tickets resto à 8 euros pour un sandwich une boisson un dessert ou claquer 8 euros alors qu'ils ont pas de ticket resto et pas forcément les moyens de lâcher 5 euros pour un crudités thon, mais que les prix sont calqués sur les tickets resto. 
*Fin de la digression sur le ticket resto.*

Et là j'ai pas pu m'empêcher de me dire que cette affiche énorme s'adresse aux banlieusards, aux précaires, aux chômeurs, pour leur dire "tiens, tu recherches un emploi mais y a pas assez place pour toute cette chair à patron? Deviens de la chair à canon!"

(Il y a un mois, la grosse affiche était pour le dernier téléphone Samsung, qui pour 900 euros pièce te fait pas la vaisselle, mais viens t'endetter quand même tu verras ça sera bien. )

Et ensuite, une fois cet intermède passé, on te remet une couche sur ces produits que tu n'as pas les moyens de t'acheter.


Bref, le seum est maintenant là entre le moment où je largue mes gosses le matin et celui où je les retrouve le soir.


jeudi 21 janvier 2016

Des objets souvent - Agressions d'origine contrôlée

Je me présente, je m'appelle Henri, je voudrais bien réussir ma vie, être aimé
Je me présente, je m'appelle Loubia, et suite à ce billet, des gens vont m'écrire pour m'insulter, en utilisant les termes ci-dessous, je l'ai lu dans le marc de café. (par contre les vannes à base de haricots sont les bienvenues, je ne m'en formaliserai pas promis)

Il y a quelques semaines, plusieurs centaines d'agressions sexuelles ont été commises pendant le réveillon du 1er janvier en Allemagne, et une partie d'entre elles (je ne sais pas la proportion que ça représente) ont été signalées à la police.

Je me pose la question du mécanisme qui a permis à ces femmes d'avoir le courage de porter plainte aussi vite, alors que dans la majorité des autres contextes elles ne le font pas. Et le mécanisme qui a fait que la police a pris les plaintes, au lieu de culpabiliser les victimes, et de les envoyer balader, comme c'est très souvent le cas.

Ma théorie, c'est qu'on  a encouragé les victimes à porter plainte et les policiers à accepter les plaintes (ce qui est bien) parce la nationalité des agresseurs garantissait deux choses (ce qui est moins bien):

- Les femmes n'auraient pas à porter la honte sociale des agressions, honte qu'on leur aurait fait ressentir si l'agresseur avait été du cru
- La société allemande s’exonère de la honte et de la responsabilité face au fait qu'une chose pareille puisse se passer sur son sol, parce que sur cet évènement particulier, les agresseurs sont étrangers - et d'ailleurs on va se dépêcher d'expulser ces prédateurs sexuels pour qu'ils ne contaminent pas notre démocratie irréprochable du point de vue de l'égalité.

Dans les media et dans les commentaires divers, ces agressions qui ont été commises par des étrangers (allez, par souci de transparence, je vais même jusqu'à dire par des Arabes, parce qu'apparemment les féministes occulteraient par bien pensance la rabzitude des coupables) sont largement plus relayées que quand elles ont la certification AOC, que ce sont des bien de chez nous qui les commettent.

On peut encore une fois utiliser l'argument préféré de notre société pour éviter de s'attaquer au problème des violences sexistes en tant que violences systémiques, et qui est toujours d'une originalité folle : bon, oui, on a des problèmes (et pas on est le problème) en Europe, mais quand même on va d'abord traiter le viol perpétré par les étrangers parce que c'est quand même plus grave hein.

On peut citer des exemples AOC : Oktoberfest, n'importe quel festival où ça picole, Woodstock, les Feria (féria, feerias, ferias?), le métro le samedi soir, les WE de bizutages d'intégration  dans des écoles réputées où on agresse sexuellement mais en rigolant tu vois .... mais une société qui laisserait faire des choses pareilles ne vaudrait pas mieux que n'importe quel pays qui inscrit l'inégalité entre les hommes et les femmes dans sa loi ou son système social (bon là je glousse jaune pipi en écrivant ça). En Europe et en Occident, il existe une tradition de se targuer d'avoir l'égalité F/H dans la loi, même si les faits et les chiffres ne font que démontrer que cette égalité reste pour l'essentiel inopérante dans la vraie vie.

Les agressions sexuelles en groupe sont fréquentes, perpétrées par toutes les catégories sociales, dans tous les espaces, et par des hommes de toutes origines et trajectoires sociales, en fonction d'un mécanisme bien identifié. L'agresseur est conforté/validé dans son action par le reste du groupe à travers l'humiliation de la femme agressée, et les agressions sont normalisées par notre société si évoluée qu'elle admet encore que les garçons sont guidés par des instincts liés à leur sguègue, et que l'éducation n'y fera rien.

Alors curieusement, sur Cologne, histoire de bien servir de caution pour différencier les agresseurs arabes des agresseurs AOC, on a eu le droit de regagner nos galons de femmes dans les discours des commentateurs de tous bords. L’appellation femme d'origine contrôlée, belles femmes bien de chez nous que ces estrangers sont venus violer jusque dans nos bras. Quand il s'agit de démontrer que les étrangers agressent plus les femmes que les locaux, nous avons le privilège de réintégrer l'humanité.

Alors que le reste du temps, il faut dire qu'on a plutôt droit à de jolies réifications style "boudin" "poule" "viande à viol" "cageot"  (d'ailleurs personnellement je trouve que pour taper sur d'autres gens, un cageot est plus maniable qu'une femme mébon) , d’appellations relatives à notre sexualité supposée et toujours jugée négativement "pute" "frigide" "garage à bites" "tellement moche que contente de se faire violer", ou à des comportements super sympas au sommet de notre représentation politique, quand des députés sifflent des députées en jupe alors qu'ils les jugent pas assez féminines si elles optent pour le pantalon, ou à des mains au cul/frottage avec émission de sperme dans l'espace public, des insultes gratuites, des tentatives plus ou moins réussies d'humiliation dans toutes les sphères publiques et professionnelles, du harcèlement des menaces et des agressions, et des jugements pour décider si nous sommes trop belles ou trop moches, trop timides ou trop grandes gueules, trop quelque chose ou trop autre chose.

En gros, dès que l'on sort du cadre volontairement mal défini, par une société encore dominée par les hommes, de ce que devrait être une femme, on s'en prend plein la gueule. Et en fait, ben c'est tout le temps qu'on est pas dans le cadre. Donc c'est tout le temps qu'on s'en prend plein la gueule CQFD POPOPO.

Mais bon comme c'est de la violence AOC, on met ça sous le tapis, et pendant qu'on parle des violences à caractère sexuel perpétrées par des Arabes puis par extension par LES ARABES, on ne remet toujours pas en question le schéma global de la violence intrinsèque dans les rapports genrés, qui se décline dans tous les pays, toutes les cultures, sous des formes diverses. On continue à associer violences à caractère sexiste et altérité, parce que ça ne se passe pas chez nous madame ce genre de choses horribles.

On a encore trouvé un prétexte pour ne pas poser le débat, le vrai, le seul, celui de savoir pourquoi on lâche pas la grappe à toutes les femmes, et pourquoi plutôt que de rentrer dans la gueule de celles qui abordent ces questions, toute la société ne se mobilise pas pour faire en sorte que l'on arrive à une égalité réelle, ce qui aurait pour avantage de n'enfermer personne dans des codes sociaux genrés qui engendrent des violences à l'encontre des personnes considérées comme des anomalies dans le fameux cadre de Schrödinger cité ci-dessus.

Mais toujours la même question : qui a à perdre au jeu de l'égalité?

Tel Alfred Hitchcock ou le narrateur zombie chelou des Contes de la Crypte, je vous laisse méditer là-dessus en regardant le prochain épisode à venir de violences AOC où on se demandera si la meuf l'a pas un peu cherché.