mardi 26 février 2019

Genre je fais du sport

Dans le cadre de mon mandat d'élue municipale, j'ai été amenée à m'intéresser à un sujet que j'avais rangé dans les oubliettes depuis le lycée, après une période d'environ 6 ans où je faisais semblant d'avoir mes règles toutes les semaines pour ne pas aller à la piscine montrer mes bourrelets aux camarades (spoiler : ça marchait pas tout le temps), à savoir :

LE SPORT, cette chose que les gens s'infligent et en plus ils aiment ça.

Flash forward 2018, j'abandonne l'acné de mon adolescence (pfff même pas, j'en ai encore à mon grand désespoir) pour travailler sur les femmes et le sport sur le territoire de Gennevilliers.

Pourquoi travailler sur les femmes et le sport me direz-vous? après tout, les sports sont mixtes, elles ont plus qu'à prendre une licence ou aller courir dans la rue.

Bah c'est pas aussi simple.

On a fait une analyse comparée des politiques publiques sur le champ du sport et on a objectivé des trucs qui jusque là dans l'esprit de tout le monde n'étaient qu'un délire de féministes.

On a trouvé :

- qu'une grosse proportion de jeunes femmes arrêtent de pratiquer à partir de 15 ans dans le cadre des activités sportives encadrées, pour se tourner sur la pratique libre sur les agrès dans l'espace public, à des horaires permettant de faire du sport sans être regardées (parce que le sexisme et ui)

- que les sports mixtes - alors ça me fait rigoler parce qu'on parle de sport mixte mais en fait le sport officiel sépare filles et garçons, hommes et femmes, mais on trouve ça normal alors que c'est scandaleux dans d'autres contextes- type volley, basket, handball, ont moins de licenciées que du licenciées

- que les subventions partent dans le foot, le rugby, le basket, qui comme dit ci-dessus, ont plus de licenciés que de licenciées (et ça demande plus de matos dédié que la GRS qui peut prendre place dans n'importe quel gymnase)

On a donc mis autour de la table les associations lors d'un conseil local du sport, pour réfléchir avec elles aux implications pour les femmes de ne pas bénéficier d'un accès au sport dans les cadres existants :

- elles ne bénéficient pas de la sociabilité liée à la pratique collective encadrée, donc sont moins insérées dans les réseaux de solidarité, de voisinage etc
- elles sont plus sédentaires, et on sait que dans les classes populaires, sédentarité et conditions de vie diminuent l'espérance de vie
- elles n'ont pas cette soupape (d'autres font du théâtre ou de la couture, ou lisent des bouquins hein) qui permet de mieux se sentir, et de se valoriser autrement que par les caractéristiques et les activités qu'on prête aux femmes traditionnellement

A cela, il y a des solutions :

- il y a trois ans une association de femmes s'est constituée, pour faire du sport entre femmes (public : mères de famille) tout en tournant pour garder les enfants. Au début, il a été reproché à cette association d'être non-mixte, puis communautariste puisque la non-mixité a permis à des femmes qui n'auraient pas pratiqué pour des raisons religieuses de pratiquer avec d'autres femmes de religion, de culture et de milieux différents. Mais bon faut croire qu'à partir du moment où on inclut des gens, faut avoir des critères précis que je ne manquerai pas de demander à Aurore Bergé.

- on a demandé aux clubs sportifs de réserver plus de créneaux dans les équipements pour la pratique féminine

- on a encouragé la pratique libre en implantant plus d'agrès et de parcours santé dans les parcs (ce qui fait que des femmes se retrouvent en groupe pour faire du sport COMME LES MECS didonc)

Bref, la question du sport - ou plutôt de l'activité physique - s'est révélée comme une question importante alors que j'en avais un peu rien à carrer, et on a vu que le moindre accès basé sur des critères de genre (et ui) influait directement sur la santé des femmes.

On a assez à faire du sexisme pour ne pas rajouter la question de qui parmi les femmes a le droit de faire du sport en fonction de sa tenue, à moins qu'à un moment les politicien-ne-s et chroniqueu-re-s (qui kiffent l'écriture inclusive, encore plus quand elle est pétée comme ici) arrêtent de se cacher derrière les droits des femmes pour enfin admettre que l'accès à la vie en société doit être conditionnée à ton appartenance ou non à la communauté des bien-de-chez-nous, des-bien-comme-nous, sans une tête qui dépasse.

jeudi 1 mars 2018

Comment on nous regarde

Il y a quelques semaines j'ai été invitée à aller voir la pièce "Djhad".

Pour le contexte : la préfecture est au taquet sur les questions de radicalisation, et demande aux collectivités de se saisir de la question, et nous propose donc des outils, dont cette pièce.
Pour moi, c'était une bonne occase d'aller le voir parce que malgré ma curiosité depuis longtemps, je n'ai jamais réussi à choper des places à temps.

Alors le propos de la pièce en elle-même, c'est une pièce pour ados, qui raconte le périple de trois copains de leur départ de Belgique au retour de l'un d'entre eux après une série de mésaventures tragi-comiques que vous imaginez bien, et la pièce est l'occasion de comprendre leurs motivations respectives, faites de frustrations produites par le poids des traditions et la pression familiale et sociale. C'est assez caricatural, mais a le mérite de provoquer une certaine forme de discussion.

Mais le propos n'est pas là. La radicalisation, tout le monde en parle et beaucoup de monde patauge, et n'étant pas une spécialiste du sujet je ne vais pas m'étendre dessus parce que je n'ai aucune leçon à donner.

En revanche, je vais BIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEN vous parler de l'échange avec les acteurs qui a eu lieu juste après.

Le public était composé de gens comme moi, professionnel-le-s  ou élu-e-s, plutôt bien adultes ou très adultes, et avec des looks de profs pour la plupart (désolée les profs, mais à part vous qui porte des polaires Décathlon hors de chez lui - ne me jetez pas de stylos rouges j'ai une soeur prof). La troupe de théâtre était composée de quatre acteurs arabes. Et oui, tu as bien lu, quatre Arabes sur scène, dans une pièce écrite et mise en scène par un Arabe. C'est super, mais pour arriver à ça, il faut parler de Djihad ou de hess dans les cités. Essaie de monter Shakespeare avec les mêmes mecs pour voir.

C'est pas pour le plaisir de compter les Arabes, mais tu vas comprendre ma petite fixette dès que je t'aurai rapporté les questions posées par les spectateurs et spectatrices (tou-te-s celles et ceux qui ont pris la parole étaient blanc-he-s), aux acteurs (tous arabes):
- Question 1 : Est-ce vous avez lu le Coran? Oui c'est absolument véridique,  je ne sais pas quoi vous dire de plus, je m'attendais à ce que la question suivante soit "et vous, êtes vous allées en Syrie"
- Question 2 : Et là je te jure j'ai halluciné "Et vous, vous êtes arrivés sur cette scène comment? C'est une vocation ou une reconversion?" ce qui est une manière encore une fois habile de demander esquels ont eu recours aux méthodes de l'Actors Studio, et c'était comico-gênant de voir les acteurs répondre "ben j'ai fait le conservatoire quoi" ou pour l'un d'entre eux "oui c'est une reconversion (soupir de satisfaction dans l'assistance) j'étais assureur (caramba encore raté)" , alors qu'excusez-moi mais JAMAIS on ne demande à des acteurs blancs qui jouent Molière dans un théâtre public si acteur, c'est vraiment leur métier.
- Question 3 : "mais vous connaissez des gens qui sont partis, et vous vous êtes pas un peu partis, genre peut-être jusqu'à l'aéroport et finalement t'as fait demi tour je sais pas alleeeeez"

Bref, je vous avoue que cela fait partie des moments de ma vie où je perçois de manière très aiguë cette espèce de bienveillance très malaisante, où on nous regarde uniquement comme témoins de notre propre malheur, avec cette envie de nous écouter pour mieux nous expliquer ce que nous sommes et par extension comment nous devrions nous comporter pour rejoindre l'humanité.


jeudi 11 mai 2017

[PODCAST] Loubia Connection Le Seum Edition - l'IVG c'est sacré!

Loubia Connection, le podcast - Épisode n°09 avec le SEUM des MEUFS : L'IVG, c'est sacré!






Avec Sophie, Leila, Roxane et Sofia



Télécharger en mp3

Références :

Va visiter le site du SEUM! 

samedi 15 avril 2017

Loubia Connection le Podcast n°8 - Le SEUM EDITION


Loubia Connection, le podcast

Épisode n°08 avec le SEUM des MEUFS : Les Mascus de la Forêt

Avec Sophie, Alexia, Roxane, Sofia


télécharger en mp3


Extraits :








mercredi 1 mars 2017

Tout ça ne Meklat pas (jeu de mot sponsorisé par... non personne n'a accepté de sponsoriser)

Je connais pas bien Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

Quand je dis que je connais pas bien, ça veut dire que je ne les ai jamais lus ou écoutés.

Quand j'ai lu des tweets de Marcelin Deschamps sur Twitter, en sachant que c'était Mehdi Meklat, issu du Bondy Blog, ben je l'ai nexté, mis direct dans la catégorie "troll sexiste et raciste des internets, intérêts divergents". Son arabité, son origine de quartiers populaires comme moi ne sont pas entrées en ligne de compte. Pour moi, c'était un connard comme les autres, comme le troll lambda ou comme n'importe quel mec un peu connu qui dès qu'il le peut chie à la gueule des minorités, et dans le cas qui nous occupe, des minorités qui ne sont pas la sienne.

De la même manière que le Bondy Blog abritait des gens comme ça, Libération abrite des Luc Le Vaillant qui se posent là question racisme et sexisme à longueur de colonnes, et cela n'empêche pas que je lise ces media, tout en déplorant qu'ils ne fassent pas un peu le ménage dans leurs rangs de temps en temps. 

Puis l'affaire. Wow. On découvre qu'un mec peut être sexiste, antisémite, homophobe. Quelle nouvelle. Je sais pas où vous avez dormi ces dernières décennies mais voir les media découvrir l'eau chaude était bien marrant. 

Puis Meklat tente une Houellebecq. Oui mais c'est pas moi c'est un personnage. Comme Houellebecq qui nous explique que non ce n'est pas lui le pervers de ses bouquins. Que non, il n'insinue rien sur les Musulmans de France quand il écrit Soumission, que c'est un exercice de style, une fiction.

Alors pour moi, quand Meklat tente une Houellebecq, il entre (en plus d'être une merde) au Panthéon des abrutis encensés par l'élite culturelle, qui peuvent se permettre de se faire des films (en l’occurrence des écrits mais ne me gâche pas mon expression des années 90) sur le dos des gens. Parce que les gars qui t'ont retweeté ou qui ont lu tes bouquins, je suis pas sure qu'ils se disait "ouh la la mais quel second degré délicieux, quel sens de la fiction". Avec ton personnage (lol), tu as entériné des théories haineuses, donné du grain à moudre à l'oppression. 

Mais quand Meklat tente une Houellebecq, bizarrement ça ne fonctionne pas. Je trouve intéressant de chercher à comprendre pourquoi. Pourquoi c'est plus grave qu'un arabe des banlieues se comporte comme une merde, pendant que le monsieur de souche, ben ça va, on lui file même des Goncourt didonc.

Je trouve aussi intéressant de chercher à comprendre ce qu'on attend de nous autres arabes de banlieue. On m'a demandé ce que je pensais de cette affaire, comme si je connaissais le mec personnellement. On m'a refusé le droit de considérer ce mec comme un autre mec, le mettre dans la case "intérêts divergents, avec qui je n'ai rien à faire". 

On a refusé de laisser le bénéfice du doute à ce jeune homme, parce qu'avant d'être un parvenu de la culture, il reste un arabe des banlieues, alors que le bénéfice du doute, on le laisse toute l'année à des tas de racistes qui ne peuvent pas être racistes puisqu'on vous dit qu'il ne sont pas racistes. (tu peux remplacer le terme "raciste" par "sexiste" ou "homophobe")

On nous refuse le bénéfice du doute, la liberté de conscience, parce qu'il y a forcément un lien entre nous tous arabes des banlieues.

mardi 23 août 2016

C'est déjà demain

Aujourd'hui, un media relate la verbalisation d'une femme sur une plage publique par la police, parce que portant un hijab et un pantalon, sa tenue n'était pas conforme "à la laïcité et aux bonnes moeurs", selon l'arrêté pris par le maire, et selon l'appréciation des policiers qui l'ont invitée à quitter la plage ou à changer de tenue (c'est à dire à moins se couvrir) et l'ont finalement verbalisée.

J'ai le regret de dire que je ne suis pas étonnée.

Je suis aussi soulagée de voir que des personnes qui pensaient qu'on n'en était pas encore là réalisent que si, on en est là.

Je suis aussi inquiète d'entendre ces mêmes personnes se demander "si on en est là, quid de demain?", parce que ça veut dire qu'elles ont vraiment été aveugles toutes ces années, ou que jusque là, le racisme et l'islamophobie étaient acceptables dans leurs manifestations diverses.

Demain, on y est depuis des années déjà.

On y est depuis qu'on invente des lois d'exception pour enfoncer une partie de la population.

On est demain depuis que les gens dans le métro me regardent chelou quand je ne parle pas français au téléphone. 

On y est depuis que des structures et organisations publiques ou privées pondent des arrêtés ou des règlements en contradiction avec la loi, et regardent si l’État conteste ces arrêtés et ces pratiques. Et comme l’État ne les conteste pas, voire les reçoit positivement , les arrêtés et règlements deviennent valides, et deviennent eux-mêmes légitimes à voir leurs principes inscrits dans la loi.

On est demain depuis longtemps.

Ce demain où l'on considère que la loi ne doit pas s'appliquer de la même manière pour tout-e-s, et où une partie de la population identifie l'autre comme une menace (français vs étrangers ou assimilés, étrangers en situation régulières vs sans papiers, athées vs religieux, pas pauvres vs pauvres, vieux vs jeunes etc) grâce à une habile construction politique et médiatique, et qu'elle est prête à justifier les injustices tant qu'elle n'en est pas la cible.

On est demain depuis que le soupçon, le fantasme et la rumeur ont pris le pas sur les faits et la loi, influant souvent sur cette dernière.

On est demain depuis qu'un même vêtement n'a pas la même signification selon qui le porte.

On est demain depuis qu'on préfère fantasmer ce que les gens pourraient faire de mal et les opprimer préventivement sur la base de cette préoccupation.

On y est depuis que les mouvements politiques et militants qui se veulent progressistes ont le progressisme sélectif.


On est demain depuis qu'une agression est plus ou moins acceptable selon qui est agressé.

On est demain depuis longtemps.

Ce n'est plus le moment d'imaginer les pires choses et de se rassurer en se disant qu'on n'y est pas encore, car on y est. On ne peut plus penser repousser le pire en se contentant d'espérer qu'il ne viendra pas.

Alors qu'est-ce qu'on fait?

jeudi 28 juillet 2016

Un travail doit être fait. Par qui?

Au détour d'une conversation lue sur les réseaux sociaux , j'ai été frappée (comme à chaque fois que je l'entends ou la lis) par cette phrase écrite par un mec qui a l'air un peu sensibilisé à des trucs (je sais pas exactement à quoi, mais je me dis qu'il y a une petite étincelle qui ne demande qu'à devenir un grand feu de joie comme dans Will Hunting où le gars a la bosse des maths au début mais en fait c'est un grand génie laissez moi avec mes illusions)  :

Attention, comme d'habitude accroche toi à ton slip ça va décoiffer d'originalité